Les élections du 9 juin 2010 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par mimilu   
Dimanche, 23 Mai 2010 12:05

Tous les néerlandais, qu’ils vivent aux Pays-Bas ou à l’étranger sont invités à voter le 9 juin prochain : ils devront choisir parmi les nombreux candidats (50 à 80 selon la représentation actuelle du parti) que présentent les 19 partis officiellement en course pour l’élection des 150 parlementaires qui siègeront à la Deuxième Chambre des Etats Généraux.

Ces élus du peuple ont pour rôle de représenter le peuple, de contrôler le travail du gouvernement et de participer à l’élaboration de lois et sont pour cela investis de plusieurs compétences :

- droit de budget : validation ou rejet du budget avancé par le gouvernement pour la mise en œuvre de sa politique,

- droit de motion : expression d’un avis ou demande au cabinet d’engager ou d’abandonner une action,

- droit d’initiative : proposition , amendement, demande de modification ou de suppression de loi,

- droit d’interpellation : pour poser une question a un ministre,

- droit d’enquête (mesure d’exception) ou d’examen (Parlementaire Onderzoek) c'est-à-dire de demander des explications aux membres du gouvernement, voire même une enquête sur  une (un projet d’) action du gouvernement.

Mais le grand challenge de ce rendez-vous politique et citoyen est le choix du futur Ministre Président, l’actuel étant aux commandes du pays depuis maintenant 8 ans semble en effet provoquer de plus en plus de réactions épidermiques chez ses concitoyens . Le Ministre Président  est la tête de liste du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges. Mais sa victoire électorale ne lui donne pas le pouvoir de former son gouvernement comme il l’entend : il doit s’entendre avec d’autres partis pour former une coalition représentant la majorité absolue des voix exprimées : le total de sièges obtenus par les partis de la coalition gouvernementale doit être égal ou supérieur à 76. La désignation de chaque Ministre fait ensuite l’objet de négociations -plus ou moins ardues selon le type de coalition- afin d’aboutir à un compromis qui satisfassent chaque parti.


Lors de l’annonce de la candidature de Job Cohen (maire d’Amsterdam de  2001 à 2010, et anciennement secrétaire d’Etat à l’Enseignement puis à la Justice) comme tête de liste du PvdA, la moitié des Néerlandais voyaient déjà le parti vainqueur des élections. Certains électeurs irréductibles du CDA semblaient même prêt a voter pour lui : c’était une inattendue bouffée d’oxygène. Mais l’engouement s’est ensuite un peu essoufflé en même temps que le  VVD a renforcé sa progression - semble-t-il au détriment du PVV et de TON - elle aussi assez inattendue.  De plus en plus fort sur la scène politique nationale, le parti de Droite Libérale s’affirme comme une alternative sérieusement désirée par un grand nombre d’électeurs.

Dans ce jeu électoral où le vainqueur doit s’allier avec des challengers pour pouvoir prétendre au pouvoir, rien n’est joué et tous essayent de faire la différence pour convaincre. Les débats télévisuels, les annonces médiatiques, les interpellations via des déclarations faites aux médias, les railleries ou les attaques font rage… enfin toutes proportions gardées comme il se doit au Pays du calme et de la maitrise de soi (nuchterheid).

 Les débats tournent essentiellement de la façon d’allier économie et social : déductibilité fiscale des intérêts d’emprunt immobilier, âge de la retraite, chômage, bourses d’études, couverture santé… autant de sujets au cœur des préoccupations de la population de plus en plus largement marquée par des fins de mois précoces et difficiles. Tous les partis sont d’accord sur un point : la nécessité de faire des économies avec le porte monnaie de l’Etat. Mais les divergences  portent sur les populations auxquelles on va demander de faire des efforts : les partis de droite ont tendance à vouloir que les efforts soient partagés de manière égalitaire (tous font le même effort absolu), tandis que les partis de gauche mettent en avant l’effort solidaire (chacun fait un effort en fonction de ses possibilités).

L’un des autres principaux sujets de débat est la façon de traiter les problèmes liés à l’immigration : la maitrise des flux migratoires, le traitement des demandeurs d’asile et des sans papiers, et surtout l’intégration des populations issues de l’immigration (et pas seulement celles de la première génération). Job Cohen (PvdA) a regretté  l’erreur de son parti de n’avoir jamais osé parler de ces problèmes d’intégration et, fort de son expérience avec la ville d’Amsterdam,  prône la reconnaissance des problèmes et le traitement de leurs conditions d’émergence : rénovation des quartiers défavorisés et touchés par la criminalité et les nuisances en général, et restauration du dialogue par le biais des associations forment le socle de sa méthode. Mais c’est aussi sur ce thème que ses adversaires l’attaquent, surtout le PVV avec qui il a déjà annoncé refuser toute collaboration en raison de la volonté de Wilders de vouloir instaurer une société d’exclusion.

L’environnement est aussi un sujet de débat important. A contre courant de la traditionnelle opposition de ses concitoyens, Balkenende a annoncé souhaiter la construction d’une seconde centrale nucléaire sur le territoire - l’actuelle ne servant que des buts de recherche – afin d’assurer plus d’indépendance énergétique au pays. Les différents programmes sont actuellement étudiés par Greenpeace  qui s'est prononcé le 16 mai dernier sur les ambitions écolos de chaque parti en retenant entre autres critères la politique énergétique, les rejets de CO2, l’agriculture et la pêche, le commerce de bois illégal et la manipulation génétique.

Plus marginalement, la place de la monarchie fait aussi partie des débats : certains veulent moins de dépenses d’Etat pour la famille royale ou au moins que ces dépenses se mettent au pas des efforts d’économies fournies par la population, d’autres souhaitent carrément la disparition de la monarchie du paysage politique néerlandais.

Mais concernant la cause de la chute du gouvernement - la mission en Uruzgan- cela ne semble plus être l’objet de discussions : même le PvdA  dit approuver l’envoi d’une mission de police en remplacement de la mission militaire, comme le demandait l’OTAN ! Si plus personne – ou presque- n’en parle, on peut se demander si cette affaire n’a pas servi de prétexte pour faire tomber un gouvernement dans lequel les désaccords et insatisfactions s’accumulaient.

Pour l’instant, les sondages mettent trois partis en tête, avec chacun autour de 30 sièges : PvdA, VVD et CDA. La logique des chiffres laisse penser que ce sont ces trois partis qui formeront une coalition de gouvernement. Mais cela se passe souvent différemment. Il y a trois ans, le CDA avait créé la surprise en s’alliant avec le PvdA (arrivé en 2ème position) et le CU : ce dernier n’avait obtenu que deux sièges à la Deuxième Chambre (mais les deux sièges qui manquaient à la coalition) alors que  le SP était le troisième parti avec 25 sièges. Cette fois, ce serait au PvdA, ou éventuellement au VVD si le rapport de force s’inverse,  de former une alliance. Stratégiquement, le PvdA devrait donc lui aussi choisir un allié qui ne le mette pas en minorité dans son propre gouvernement. Mais pour l’instant, aucun parti de gauche ne semble assez fort pour permettre au PvdA de former une coalition de centre gauche et encore moins de gauche, même en formant une alliance regroupant tous les partis de gauche et du centre, ce qui compte tenu du nombre de partis sortirait de l’ordinaire. Si une alliance avec le CDA semblait jusque là incontournable, les sondages laissent maintenant entrevoir le contraire . Vainqueur, le PvdA reproduirait certainement l’expérience d’une coalition violette avec le VVD et D66 comme entre 1994 et 2002. Si le VVD gagne les élections, une coalition bleue (donc de droite) est tout à fait possible  car le VVD, le PVV et le CDA seraient en mesure de recueillir suffisamment de sièges pour cela. Bref, c’est un vrai casse tête que de faire des projections sur la composition du prochain du gouvernement ! Mais heureusement, le site de radiodiffusion publique met à disposition un outil permettant de visualiser les différentes alliances possibles en fonction des résultats de sondages !


AWBZ = Algemene Wet Bijzondere Ziektekosten (Loi générale sur les dépenses de santé particulières liées à un handicap ou une maladie nécessitant des soins ou un soutien/accompagnement de longue durée)

Source

 

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