Discours de la Reine au sujet de la Miljoenennota PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Fransbureau   
Mercredi, 21 Septembre 2011 21:45

Prinsjesdag est une journée pleine de rituels : l’arrivée de la Reine dans un carrosse d’or, sa lecture du discours au nom du cabinet, les défilés de chapeaux, la remise d’une mallette estampillée « Troisième mardi de Septembre » au Président du Parlement par le Ministre des Finances… Mais cet aspect quelque peu folklorique n’enlève rien au sérieux de l’évènement dont la portée est très loin d’être symbolique. Et nombreux sont ceux qui attendent avec appréhension de savoir quel effet les mesures budgétaires du gouvernement auront sur leur vie et leur portefeuille.

Dans son discours, la Reine a présenté les grandes lignes de la Miljoenennota.

Elle a rappelé que les Pays-Bas sont très dépendants du commerce extérieur et que cela les rend particulièrement vulnérables dans la situation de crise de la dette que traversent plusieurs pays européens. Elle a donc loué la cohérence du programme budgétaire du gouvernement qui a pour ambition d’“assurer la prospérité du pays en assainissant les finances publiques et renforçant la capacité de croissance économique” ; en glissant tout de même que l’année qui nous attend sera une année de mesures restrictives qui toucheront tous les habitants des Pays-Bas. Mais comme “la force des Pays-Bas réside dans sa population et ses entreprises”, le gouvernement va leur laisser le champ libre pour exprimer leur créativité et leur capacité d’innovation et ce en réduisant les contraintes bureaucratiques et par la même occasion le nombre de fonctionnaires et autres employés de la fonction publique. Et la diminution des dépenses en matière d’enseignement (- 500 millions d´euros en 2012) s’accompagnera bien évidemment d’“une amélioration de la qualité des cours [et] des résultats”.

Quant à la diminution des aides diverses aux familles et personnes fragiles, c’est pour “stimuler leur indépendance financière et leur implication sociale”. Comme le gouvernement tient au principe de la solidarité entre jeunes et vieux, entre malades et bien-portants, il va y consacrer 15 milliards de plus. Mais attention, pas de gabegie parce que “ce ne sera pas possible de faire cela tout le temps” ! Il y aura donc des mesures restrictives là aussi : diminution des “avantages” fiscaux et des soins couverts pour les personnes souffrant d’une affection chronique, hausse de la franchise concernant les dépenses de santé, hausse des primes d’assurance maladie, baisse des aides diverses, etc. Et comme il y a une hausse du chômage, le temps d’indemnisation va être réduit pour “inciter les gens à rebondir sur le marché de l’emploi”, repousser l’âge minimum de départ à la retraite et laisser aux mairies le soin de gérer tout ça (quid du budget qui leur sera alloué en contrepartie ?).

Sur le plan de la diplomatie, il devrait y avoir un recentrage autour de la diplomatie économique au détriment de la promotion de la culture et de l’aide et du service aux Néerlandais. La Reine justifie l’implication en Afghanistan par le nécessaire soutien et la reconnaissance dus aux hommes et femmes engagés là-bas. Quant aux immigrés, ils devront “subvenir à leurs besoins par leurs propres moyens, tenir compte des lois et valeurs qui nous lient”.

Le domaine de la culture qui avait déjà fait l’objet d’énormes économies l’an dernier n’a pas été évoqué. De même que celui de l’écologie qui va souffrir de restrictions budgétaires à une époque de prise de conscience quasi universelle de son importance.

En conclusion de son discours, la Reine reconnaît que cela va être difficile, mais que cette épreuve est un test, qu’il y a des raisons de rester optimiste et que toutes les mesures restrictives sont prises pour notre bien. Pourtant, en y regardant de plus près, il y a peu de raisons d’être optimiste. En tout cas, la majorité des Néerlandais n’est pas enthousiaste, loin s’en faut, vu l'accueil qui a été fait à la Miljoenennota

Les restrictions amorcées l’an dernier dans les domaines de la santé, de la culture, des crèches et garderies, de l’intégration, de la police, de l’entretien des routes sont renouvelées et poussées un peu plus loin cette année : augmentation des primes de couverture médicale et de la franchise de soins, déremboursement ou moindre remboursement de certains soins, baisse de l’aide de l’État aux familles ayant recours aux structures d’accueil des enfants, retrait de l’État des programmes d’intégration, … la liste des coupures budgétaires est longue comme un jour sans pain et s’annonce difficile à faire accepter. Concrètement, ce serait 90 000 familles qui perdraient 5% de leur pouvoir d’achat.

La majorité gouvernementale est lucide et reconnaît volontiers que les mesures annoncées sont difficiles. Selon le chef du gouvernement Mark Rutte, il est “vraiment inévitable que les citoyens voient leur pouvoir d’achat touché par les économies et réformes de la politique choisie par le cabinet.” L’argument de ce dernier tient en quelques mots: “mettre de l’ordre dans les finances publiques, puis mettre en œuvre des réformes pour que la croissance puisse reprendre.”

Les sondages montrent que les Néerlandais désapprouvent ces choix économiques. À une époque où le comportement avide des banques, des marchés et des actionnaires a entraîné une crise mondiale, c’est au peuple que des efforts sont demandés. L’année dernière c’était pour limiter les dégâts de la crise mondiale, cette année pour encaisser la crise européenne. Et les postes budgétaires qui recevront moins d’argent sont ceux qui concernent les catégories les plus démunies. Le pouvoir d’achat va certes baisser pour tout le monde, mais pour les foyers pour qui le budget est calculé à l’euro près cela est une vraie catastrophe. Et les postes sur lesquels ils pourront économiser seront en premier ceux importants pour la santé (alimentation, dentiste, docteur, couverture médicale) et le moral (sorties culturelles par exemple).

La Raad van Staten (Provinces), qui affirme son rôle de contre-pouvoir en situation de crise, a critiqué la “retenue du gouvernement dans la conception de mesures concrètes, alors qu’une analyse des risques menaçant l’économie néerlandaise a bien été réalisée. Quant aux partis de l’opposition, hormis le PVV et le PvdA qui s’accusent mutuellement de soutenir le gouvernement, les autres critiquent de façon unanime un projet “effrayant et défensif” (A. Pechtold du D66).

M. Rutte a tenu à réaffirmer sa position en disant que “nous renforçons maintenant la couche de glace sur laquelle reposent les Pays-Bas afin que l’économie puisse encaisser une claque.” Avec cette comparaison concernant le réchauffement climatique, c’est un peu comme s’il disait que son gouvernement est en train de renforcer les pieds d’argile du colosse qui ne tient pas bien debout et ce en prévision d’une tempête… Le colosse s’écroulera quand même. Mais c'est vrai que c'est un peu ce que font tous les gouvernements : entretenir et tenter de conforter un système (les marchés) qui court à sa perte. Si autant d’efforts étaient faits pour sauver les banquises… 

Au cours des prochaines semaines, la Miljoenennota sera certainement soumise à quelques modifications consécutives aux pressions et intérêts politiques, une page du site officiel est prévue pour en informer la population.

Par ailleurs, le site Internet du Rijksoverheid a ouvert une page devant permettre de découvrir les effets concrets que les projets du gouvernement devraient avoir sur les différents groupes de population.

 

 

 

  

LAST_UPDATED2