Saint Nicolas, l’équivalent du Noël pour les petits néerlandais PDF Imprimer Envoyer
Écrit par mimilu   

Saint-Nicolas est à ce jour la tradition la plus fêtée aux Pays-Bas. C’est ce qui ressort d’une enquête effectuée par le centre néerlandais de la culture populaire (Nederlands Centrum voor Volkscultuur). Mais qu’est-ce que cette fête exactement ?



La légende d’origine

Saint Nicolas était évêque au 4ème siècle. Il vécut à Myre, dans une région sous domination grecque à l’époque, mais rattachée depuis à la Turquie (près d’Antalya). Le costume dont il est aujourd’hui paré est assez fidèle à celui qu’il pouvait porter à l’époque.

Plusieurs légendes existent sur le personnage. Sa mère n’arrivant pas à avoir d’enfants, aurait promis à Dieu que s’il lui permettait d’enfanter, elle mettrait son fils au service de Dieu. Dès sa naissance, il aurait accompli des miracles : le premier fût de se tenir debout et lever les bras au ciel comme pour remercier Dieu de lui avoir offert la vie. Une fois adulte et membre du clergé, il aurait évité la prostitution à trois sœurs en glissant anonymement de l’or dans leur bas mis à sécher devant la cheminée, et ce pour leur permettre de se constituer une dot. Il aurait aussi ressuscité des enfants sauvagement assassinés et mis au sel par un boucher.

Cette bienveillance légendaire pour les enfants et sa générosité souvent exprimée, enrichie d’anecdotes au fil des siècles, ont fait de lui le patron des enfants. Mais il est aussi le patron de la Lorraine et des Lorrains en France, de la Russie, des écoliers, des marins, etc… C’est à la date anniversaire de son décès, survenu le 6 décembre 343 selon la légende, que Saint Nicolas est fété chaque année.

Cependant, ‘Saint’ Nicolas ne fût en réalité jamais canonisé : il est assez cocasse que l’un des très rares Saints fêtés aux Pays-Bas, n’en soit pas un!


 

La tradition actuelle  

Le culte de Saint Nicolas est introduit en Allemagne au Xème siècle, et se serait ensuite répandu dans les pays alentours. Les chrétiens voulaient ainsi remplacer les figures païennes des rituels de l’hiver. Au 16ème siècle, malgré leur conversion au protestantisme, les hollandais continuent de pratiquer le culte du ‘Bon Saint Nicolas’.

Au 19ème siècle parait un livre pour enfants écrit par Jan Schenkman : « Sint Nikolaas en zijn knecht » (Saint Nicolas et son valet). Le bateau à vapeur sur lequel arrive Saint Nicolas, son valet Zwarte Piet, la venue d’Espagne, et même l’utilisation des conduits de cheminée pour faire parvenir les cadeaux aux enfants sont des détails inventés par Jan Schenkman.

Ce qui n’était que fiction est depuis devenu la trame d’une fête familiale, d’une tradition très populaire, mais qui a subi encore quelques évolutions. Lors de la seconde guerre mondiale, Zwarte Piet s’est vu attribué de nombreux doubles et on parle aujourd’hui des Piet au pluriel. En tenue espagnole du 16ème siècle, gaffeurs et pas très vaillants, ils aident Saint Nicolas à distribuer les cadeaux aux enfants. Mais pas à tous les enfants. Car Saint Nicolas détient un gros livre où sont certes inscrits les noms de tous les enfants, mais surtout s’ils ont été gentils ou pas durant l’année passée. Et seuls les enfants gentils sont censés trouver des présents dans leurs chaussures. Mais le Saint Nicolas affectionné par les néerlandais est caractérisé par sa capacité à tout pardonner…

Aujourd’hui, Saint Nicolas arrive (d’Espagne donc) généralement le 3ème samedi de novembre aux Pays-Bas. Il a évidemment emprunté un bateau à vapeur pour faire le voyage, son cheval Amerigo l’accompagne, ainsi que les Zwarte Piet. Jusqu’à la nuit du 5 au 6 décembre, les enfants peuvent trouver de petits présents dans leurs chaussures car les Zwarte Piet se promènent volontiers et sèment pepernoten et lettres en chocolat un peu partout. Mais le soir du 5 décembre, ils doivent absolument déposer leurs chaussures près de la cheminée - ou, à défaut, près du radiateur ou de la fenêtre – et préparer des mandarines pour les Piets et Saint Nicolas ainsi qu’une carotte pour Amerigo. Lorsqu’ils entendent frapper à la porte -parce qu’en l’absence de cheminée, les Piets passent par la porte- les enfants doivent vite se cacher sinon, les Piets et saint Nicolas ne déposeront pas de cadeaux ! Souvent, ils passent au cours de la nuit et les enfants trouvent alors leurs chaussures garnies au petit matin.


 

La polémique autour de ‘Zwarte Piet’

Le personnage de Zwarte Piet est sujet à de nombreuses polémiques. Le valet de Saint Nicolas serait en effet un esclave (importé d’Inde ou d’Afrique) ou un maure, mais il est interprété par des blancs au visage peint en noir. Gaffeur, il ne comprend pas toujours très bien ce que Saint Nicolas attend de lui, et aimerait bien se reposer plus souvent.

Des tentatives sont faites pour dépasser cette connotation raciste: le noir serait en fait la suie des cheminées que Piet est obligé d’emprunter pour déposer les cadeaux dans les maisons. Mais des régions, comme en Belgique, ont carrément supprimé la présence des Piet.

Aux Pays-Bas, cette perception de l’aspect raciste de la tradition reste assez marginale et, pour la plupart des gens, ce n’est pas un problème.


 

Autour de Saint Nicolas  

Quelques friandises sont associées à cette période festive : les pepernoten (mini biscuits ronds au goût de cannelle), les speculaas grand format et les lettres en chocolat.

Les enfants apprennent tout un répertoire de chansons liées au personnage de Sinterklaas. Les plus célèbres sont sans doute Daar wordt aan de deur geklopt et Sinterklaas kapoentje.

Les trois semaines de présence de Sinterklaas aux Pays-Bas sont certainement nécessaires vu le nombre d’interventions qui lui sont réclamées : écoles, club sportifs, comité d’entreprise, crèches, etc… tous l’invitent pour faire la fête avec les enfants !

Lorsque les enfants grandissent, ils suivent une autre tradition. Que ce soit au sein de la famille, d’un groupe d’amis ou de collègues, des groupes peuvent être formés. Chacun tire au sort le nom de l’un des participants et est chargé de trouver un cadeau pour cette personne et de lui écrire un poème. Lors de la soirée, des cadeaux sont échangés et des vers sont lus… Cette façon de faire économique est aussi assez typique de la ‘gezellig’* attitude des néerlandais.


 

Sinterklaas, Santa Klaus et Papa Noël  

Au 17ème siècle, les néerlandais colonisent les Etats-Unis. Comme tous migrants, ils apportent avec eux leur folklore, et donc la fête de Sinterklaas. Anglicisé, le nom se transforme progressivement pour devenir Santa Claus vers le début du 19ème siècle, et parallèlement le costume d’évêque du personnage se simplifie en un chaud vêtement de marin et change de couleur pour devenir vert. A la même époque, en Europe, des textes évoquent le père Noël, un petit vieillard à barbe blanche, genre lutin, se glissant dans les cheminées pour déposer des cadeaux dans les maisons la nuit de Noël. Cette tradition serait ancestrale, et trouve ses racines dans des rituels païens ancestraux.

Le père Noël d’aujourd’hui serait donc un mélange issu de la rencontre de ces deux traditions - celle du Saint Nicolas hollandais américanisé avec celle du lutin de Noël- ayant elles-mêmes pas mal évoluées au fil des siècles, des migrations et des religions.

*gezellig : mot typiquement néerlandais, impossible à traduire en français, mais qui décrit une ambiance conviviale, sympathique, chaleureuse…