Le congé maternité PDF Imprimer Envoyer
Écrit par mimilu   
Mercredi, 15 Avril 2009 07:13

Il y a 100 ans, les femmes, qui venaient d’obtenir le droit de disposer elle-même de leur salaire, acquirent le droit de porter un pantalon (sous certaines conditions quand même…) et de prendre un congé maternité. Il était alors de 8 semaines et n’était pas accompagné d’un maintien du salaire, mais il permettait aux femmes de pouvoir s’arrêter pour mettre leur bébé au monde et l’accueillir, sans risquer de perdre leur place, ce qui était déjà un pas conséquent dans le processus de prise en considération de la femme comme personne majeure. 

 

 

 

Un an plus tard, les enseignantes seront rémunérées pendant la durée de ce congé. Ce droit mettra près de vingt ans à s’étendre à l’ensemble des fonctionnaires, et encore plus de 40 ans (1971) pour que toutes les salariées puissent en bénéficier.
 
Dans les pays européens, le congé maternité est aujourd’hui en moyenne de 16 semaines rémunérées (avec des différences selon les pays). La France se situe dans la moyenne, tout comme les Pays-Bas. Ni plus ni moins. Et c’est très loin derrière les locomotives en la matière : les Norvégiennes et les Suédoises bénéficient d’un an de congés payés à 80% ! Ce qui laisse le temps à la maman de s’occuper de bébé en toute tranquillité.

 
Des congés variant de 14 à 52 semaines ? C’est bien loin de la petite semaine que la Ministre française de la Justice comptait s’accorder, et dont elle s’est effectivement contenté ! Madame Dati a ainsi soulevé beaucoup de commentaires et de critiques. Les associations féministes sont montées au créneau pour dénoncer une régression sociale, et une attitude décriée comme à la fois comme indigne d’une mère et d’une ministre. Son arrivée, en talons aiguilles et tailleur cintré, au Conseil des Ministres dѐs sa sortie de la maternité a en effet grandement choqué. « Sa place est auprès de sa fille » pouvait-on entendre. Mais Rachida Dati avait-elle vraiment le choix ? Avoir un enfant l’avait mise sur un siège éjectable d’autant plus facilement que rien n’est prévu pour les Ministres niveau congé maternité.
Les réactions outrées alimentées et relayées par tous les médias participent à la dictature de l’image fantasmée de la bonne mère  qui se doit de vivre sa grossesse avec bonheur, d’aimer son enfant au premier regard, de s’extasier sur ses areuh et prouts, de mettre de coté sa condition et ses aspirations de femme, et de mettre entre parenthèses ses activités professionnelles pour se consacrer à ce que certains considèrent comme un tube digestif braillard et salissant.
Certains ont été jusqu'à dire qu’elle ne méritait pas d’avoir un enfant ! Accusations quelque peu extrêmes. Il est vrai que nous sommes –a bienheureusement - à une époque où se répand enfin la conscience de l’importance du lien mère/enfant, du prolongement de leur fusion par une présence quasi constante, le peau à peau, les odeurs, la voix et l’allaitement.
Le bébé a besoin de sa mère pour être rassuré sur toutes les nouvelles sensations auxquelles il doit faire face et les assimiler sans traumatismes. Le rôle de la mère est alors de lui donner des forces, d’où l’importance de sa présence les premières semaines voire si cela est possible les premiers mois. Et une mère est irremplaçable.  
Cette polémique a fait le tour de l’Europe : en Espagne leur ministre de la Défense n’avait conçu aucun problème à prendre son congé maternité, et dans les Pays scandinaves la simple idée d’une seule semaine de congé maternité est purement inenvisageable et même inconcevable.

 

Autre particularité de cette arrivée d’un nouveau né, mais sujette a moins de polémique car considérée comme ressortissant de la vie privée : l´absence du père. Alors que ces dernières décennies ont vues le père prendre de plus en plus de place dans l´accueil et les soins aux nourrissons, il n'en est même pas question  dans cet évènement people. Après tout, un homme n'est-il pas un simple instrument ?

Les pays du Nord, encore une fois, lui donnent au contraire un rôle central et pour cela lui accordent de long congés à prendre durant la première année de l´enfant, peut-être parce qu'ils conçoivent la maternité du point de vue de l'intérêt de l'enfant… Et s’il est dans son intérêt que sa mère soit en congés suffisamment longtemps pour se reposer et l'allaiter longuement, il l’est tout autant que son père puisse être présent pour épauler la maman et faire connaissance avec cet enfant qui l'a transformé en père.

En France, cette maternité médiatisée a suscité des inquiétudes portant sur le message envoyé aux futures et aux jeunes mamans … et à leurs patrons : le congé maternité pourrait être légitimement considéré comme accessoire, un luxe dont les femmes pourraient se passer si elles en avaient la volonté. Un regain de la pression professionnelle sexuée. Au sommet de l’Etat la réaction a été de remettre en cause le congé parental : le Président de la République Française le trouve en effet trop rigide quant à sa durée selon lui pour beaucoup de parents inutilement trop longue.
Ce positionnement relativiste vis-à-vis d’un droit social nécessaire vient à l’encontre des recommandations de l’OMS qui conseille un allaitement prolongé et par conséquent un arrêt d’activité professionnelle également prolongé. Ce qui a d‘ailleurs incité la Commission Européenne à étudier un projet de loi portant sur l’allongement du congé maternité.
Cet allongement se voit justifié par les effets sur la relation mère/enfant, mais aussi ceux sur l’activité professionnelle : permettre à une femme de reprendre son travail en étant reposée et sereine c’est l’aider à rester active. Le taux d’activité des femmes en Scandinavie est d’ailleurs supérieur à 70%, quand il est de 51.3% en France et de 50.8% aux Pays-Bas.

Mais aux Pays-Bas, les mentalités sont plus déjà plus rapprochées de celles des scandinaves : la notion du bien être de l´employé est prise en compte par une bonne part des acteurs sociaux. Plus de confiance est accordée à l´employé pour se soigner, sans l'obliger à rentrer dans la médicalisation systématique : un rhume ne nécessite qu´un peu de repos et il est inutile de rajouter la suspicion et la pression à un problème de santé.


 
Il est facile d’oublier les raisons de l’existence d’un tel congé. Ce qui est régulièrement traité de vacances est en fait une période souvent très éprouvante : physiquement, hormonalement, psychologiquement et socialement pour la mère mais aussi, certes dans une moindre mesure, pour le père.
Les 16 semaines accordées aux Pays-Bas comme en France sont souvent trop courtes, et c’est d’ailleurs pour cela que la majorité des femmes se voient accorder une prolongation. Et si les femmes ont du mal à reprendre leur activité, voire se voient contraintes de faire le choix d’y renoncer, c’est bien parce que les conditions sociales et/ou professionnelles ne sont pas réunies pour soutenir les mères dans leur reprise ou maintien d’activité !
Aux Pays-Bas, le manque de modes de gardes et les horaires des écoles rendent la tâche difficile. Mais le mi-temps vient en partie compenser cette contrainte : il est courant et généralement très facilement accepté par la hiérarchie que les parents travaillent à temps partiel.
En France les crèches sont plus nombreuses et les horaires d’école un peu plus adaptés aux horaires de bureaux, mais cela est encore loin d’être idéal. Et il est assez peu aisé de travailler à temps partiel.
De plus, si aux Pays-Bas les gens ont tendance à travailler pour vivre, c’est généralement le contraire en France où les gens vivent pour travailler. C´est toute une façon de vivre différente, beaucoup plus tournée sur l´épanouissement des rôles familiaux qui est ici mis en œuvre. Les conditions sont réunies pour passer du temps avec les enfants, dès leur naissance et tant que cela est nécessaire.

 
Les mentalités posent donc encore problème. Cent ans après sa création, le congé maternité n’est toujours pas une évidence dans bien des esprits. Les sociétés occidentales tâtonnent toujours dans leur poursuite de l’idéal au niveau des rapports entre hommes et femmes, femmes et enfants, femmes et travail, maternité et société.
Qu’ils soient économiques ou politique (conservatisme), les freins sont nombreux et la vigilance – sinon le combat - visiblement toujours nécessaires.
Mis à jour ( Dimanche, 21 Juin 2009 16:54 )