Wende Snijders, une interprète puissante PDF Imprimer Envoyer
Écrit par mimilu   
Mercredi, 07 Avril 2010 08:05

Révélée en 2001 au public par le Concours de la Chanson organisé par l’Alliance Française, Wende Snijders a depuis parcouru pas mal de chemin et gagné beaucoup d’admirateurs.

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En 2004 parait son premier album commercialisé, « Quand tu dors » ; un premier album en 2002 était resté confidentiel. Elle y interprète d’une manière étonnante, moderne et puissante des chansons du patrimoine de la Chanson Française : répertoire d’Edith Piaf et Brel, textes de Jaques Prévert et Léo Ferré, elle revisite et rajeunit des classiques connus par tous. Sa voix porte avec force des émotions exprimées dans un vrai jeu de scène : mimiques, mouvements, intonations, changements de ton et de rythme : elle donne littéralement vie aux textes. L’énervement et la frustration désabusée dans Au Suivant sont palpables, le désespoir un peu psychopathologique de Ne me quitte pas, une force blessée avec Je suis comme je suis ou encore une solitude pleine d’espoir dans Chaque fois. La musique est revisitée avec modernité, notamment pas le Metropole Orkest, qui accompagne l’artiste dans son jeu avec un accord parfait. La qualité de cet album sera d’ailleurs récompensée en 2005 par un Edison dans la catégorie Kleine Kunst/Luisterlied.

Son deuxième album officiel, « La fille noyée » poursuit la reprise de classiques de la chanson populaire, mais pas seulement française puisque quelques morceaux néerlandais sont glissés dans le répertoire. L’un d’eux, « Alleen de Wind Weet », sera  le seul titre sorti en single, malgré un certain succès de l’album au niveau des ventes.

Son 3ème album, « Chante ! », contient les versions live de ses deux premiers albums, ainsi que l’enregistrement de la performance de Wende accompagnée par le Metropole Orkest lors du spectacle d’inauguration de l’Uitmarkt. La présence de ce dvd n’est pas anodine car écouter Wende ne suffit pas :  il faut la voir chanter sur scène.

Avec son 4ème album, Wende a changé de style. Fini les reprises de chansons populaires : elle y interprète ses propres textes, écrits avec la collaboration de Jan van Eerd dans la langue de Shakespeare. Son album « exprime le feu, la solitude et la recherche de connections » et a trouvé « son inspiration à travers le monde et le retour à Amsterdam ». L’artiste avait jusque là joué avec les mots et les musiques des autres, elle relevait le défi de l’interprétation, défi déjà difficile vu le choix des textes, mais remporté haut la main. Elle joue dans cet album encore avec les mots et les notes, mais ce sont les siens et c’est enthousiasmant. Elle joue avec sa voix, avec les rythmes et les sons et emporte son auditoire dans une succession d’émotions et d’étonnements. Elle y dévoile avec virtuosité tout un panel de genres et de tonalités différents qui évoquent des artistes tel que Tori Amos, Sonic Youth, Joy Division, Kyteman ou encore les Rita Mitsouko. Elle passe du rock alternatif au rock dur, avec au milieu des balades et des morceaux inclassables pleins d’ironie fanfaronne. C’est un album qui s’écoute et se déguste : chaque morceau est travaillé, fouillé, ciselé, tant au niveau du jeu de voix que des notes. C’est prenant, poignant, inédit et par moments franchement jubilatoire.

Cette qualité d’artiste a été récompensée très récemment : le 4 mars dernier, elle s’est vu remettre la Harpe d’Or des mains de Paul de Leeuw, un animateur controversé mais estimé pour son ouverture d’esprit et qui l’avait reçue dans son émission Papaul. Ce prix, l’un des plus grands prix néerlandais de musique, distingue les artistes ayant par leur carrière apporté quelque chose de remarquable à la musique néerlandaise. Elle entre ainsi officiellement dans la cour des grands comme Anouk, Ilse de Lange, Blof, Metropole Orkest ou encore  Jochem Fluitsma & Eric van Tijn.

Certains parleraient de l’album de la maturité… Pourtant, à écouter « N°9 », la capacité de l’ artiste à aller encore plus loin s’entrevoit. C’est plutôt la confirmation d’une virtuosité musicale et vocale, une collection de petites pépites en avant-goût d’un large potentiel plein de promesses.

En tournée depuis plusieurs mois à travers les Pays Bas, Wende mêle trois spectacles. Elle a d’abord fait le tour des salles de concert pop et des festivals avec son ‘Clubtour’ qui reprendra cet été comme une sorte de clôture d’une année sur les planches. Pour son projet ‘Breder dan klassiek’ (plus large que classique), elle a travaillé la mise en scène avec notamment des morceaux de danse et s’est faite accompagnée d’un orchestre d’instruments a cordes (l’Amsterdam Sinfonietta) lequel livre un réarrangement de la musique de son album « N°9 ». Son troisième spectacle « Chaos » est décrit comme une représentation théâtrale : les chansons y sont dépouillées jusqu'à leur essence musicale pour illustrer la ‘poursuite de la plus belle histoire d’amour dans laquelle les talents cachés de Wende sont dévoilés’.

Wende Snijders est une artiste qui ne rentre pas vraiment dans les cases habituelles. Elle fait preuve de maitrise technique en faisant jouer sa voix avec les instruments et en collaborant avec des orchestres capables d’introduire une grande originalité dans l’interprétation des partitions. Elle livre une interprétation passionnée de chaque morceau et utilise la théâtralité pour mettre en scène ses interprétations en public, ce qui étonne et déstabilise souvent, mais ne laisse personne indifférent. Sa pluralité artistique est finalement la marque de l’unité de son travail, chose assez rare, mais de plus en plus visible à l’ère de la multiplication des supports internet.

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