Les différences entre Néerlandais et Français PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Gnew   
Dimanche, 09 Mai 2010 15:13

D’après le livre d’Anne-Marie Guinoune : Et si c’était à refaire… ? Des Françaises immigrées aux Pays-Bas racontent. Il en avait été question sur le forum, il y a un peu plus d’un an, pour une conférence littéraire à l’ambassade de France à La Haye. En voici donc un apperçu.

Anne-Marie Guinoune s’est penchée sur la vie des Françaises qui se sont installées aux Pays-Bas. Elle-même y vit depuis 30 ans.

Ce livre pose des questions sur les sociétés française et néerlandaise à l’heure où l’immigration est une question récurrente. Les 85 Françaises interviewées ont des profils très différents (selon l’âge, le travail, etc.) et vivent dans toutes les régions des Pays-Bas.

En ce qui concerne la méthodologie, l’auteure s’est tenue à un questionnaire type et a limité ses recherches aux femmes (car plus nombreuses que les hommes à avoir immigré aux Pays-Bas; les femmes suivent plus souvent le mari que le contraire…), et plus particulièrement aux femmes mariées avec un Néerlandais (et non pas des Françaises vivant avec un mari français).

Ainsi, 6 thèmes peuvent retenir l’atention.



I)                    Le monde du travail

 

1ère caractéristique: les Françaises immigrées aux Pays-Bas ont une volonté farouche de travailler. De plus, sur les 85 interviewées, plus de la moitié ont un bagage universitaire pour seulement 5 sans diplôme supérieur. Malgré leur éducation et leur motivation, elles ont du surmonter des handicaps car la place de la femme est conçue différemment selon que l’on se trouve en France ou aux Pays-Bas:

-          les Françaises immigrées reconnaissent volontiers une pression sociale dans leur pays d’accueil et doivent bien souvent répondre à la question: ‘’Pourquoi travailles-tu alors que tu as des enfants et un mari qui travaille ?’’;

-          être femme et être mère: les Néerlandaises travaillent plus fréquemment à temps partiel, même les plus éduquées. Après une augmentation du travail des femmes (en Hollande) durant les années 90 et le début des années 2000, on assiste à un ‘’retour à la maison’’ (exemple d’explication: difficulté de faire garder les enfants). Au contraire, en France, les femmes qui travaillent à temps partiel ne le choisissent pas (souvent imposé) car le temps complet est la norme;

-          en Europe, la femme française est aussi une exception dans son style de vie: en effet, c’est elle qui a le plus d’enfant (avec l’Irlandaise), mais aussi celle qui travaille le plus. A contrario, c’est aussi celle qui est le ‘’moins mère’’ dans le sens où elle ne s’occupe pas autant de ses enfants que les autres Européennes (explication historique aussi: depuis des siècles, les Françaises ont laissé des nourrices allaiter et élever les enfants pour pouvoir travailler);

-          avantage aussi: certaines Françaises diplômées ont décidé de ne pas travailler et ont parler de ‘’choix libératoire’’. En effet, cela n’est pas mal vu aux Pays-Bas alors qu’en France, les femmes ayant fait des études ne peuvent pas ne pas travailler.

 

En outre, là où les Françaises peuvent voir dans le travail un moyen de se constituer un réseau d’amitié, les Néerlandais ne voit pas ça de la même manière. Exemples:

-          les NL quittent leur travail tôt (environ 17h) pour ensuite pratiquer des activités;

-          le moment du déjeûner n’est pas un grand moment de convivialité: là où les Français(es) mangent ensemble et font durer le repas, les Néerlandais mangent rapidement et dans leur bureau.

 

Le lieu de travail n’est donc pas forcément le lieu pour se faire des amis.

 

Enfin, les Françaises interviewées citent volontiers deux points qu’elles considéreraient presque comme exotiques:

-          la hiérarchie: là où les Français sont habitués à un modèle pyramidale (distance chef/ employés, vouvoiement), les Néerlandais apparaissent plus conviviaux (tutoiement, complicité). C’est donc compliqué pour les Françaises qui ne sont pas habitués à mélanger hiérarchie et ‘’côté cool’’;

-          la réunion: aux Pays-Bas, c’est une curiosité: on commence toujours par excuser les absents et par un retour sur la réunion précédente. De plus, la réunion doit être efficace, c’est-à-dire que l’on suit parfaitement l’agenda alors que les réunions françaises sont parfois moins organisées. Dans le déroulement des réunions, il y a aussi des différences: là où les Néerlandais sont des as du compromis (si un problème, mise en place de commission), les Français n’hésitent pas à montrer leur conflit et à parler fort. Mais, comme dit l’auteure, ‘’on arrive finalement au même endroit’’.

 

 

 

II)                  La vie sociale

 

Comment se faire des amis aux Pays-Bas ?

 

La première confrontation à la vie en groupe peut se faire au travers du bénévolat, tradition très ancienne. C’est parfois déstabilisant car la Française n’a pas l’habitude de ‘’travailler pour rien’’. En effet, en France les bénévoles ne sont pas toujours bien vus car on ne les considère pas comme des professionnels.

 

Autre différence notée par les Française, le fait que les Néerlandaises et les Néerlandais se ‘’mélangent’’ peu dans les soirées: les hommes et les femmes auront tendance à privilégier des moments de socialisation entre personnes du même sexe. Exemple: une soirée entre filles/ femmes.

 

Comment voient-elles les hommes ?

-          les Françaises trouvent que les Néerlandais ne flirtent pas assez, le jeu de séduction n’est pas assez présent;

-          les Néerlandais sont toutefois perçus comme beaucoup plus fiables/ solides que les hommes français: on peut leur faire plus confiance.

 

Les anniversaires sont aussi vu comme un ‘’drame’’ par  les Françaises puisqu’il faut féliciter tout le monde, laisser sa porte ouverte et être fort bien pourvu en gâteau à cette période.

En France, les anniversaire sont relativement peu fêtés (plus pour les enfants que pour les adultes toutefois).

 

Pour continuer avec les différences dans la vie sociale, il convient de remarquer qu’il existe aussi des différences dans la manière d’aborder les relations sociales:

-          les Françaises immigrées aux Pays-Bas trouvent que les relations avec les Néerlandais sont beaucoup moins profondes qu’en France. Cela s’explique par le fait que pour s’intégrer avec les Néerlandais, on doit faire quelque chose (sport, activité, etc.) alors qu’en France on discute plus facilement et plus profondément (au café, au restaurant, après le travail, etc.). Aux Pays-Bas, il peut y avoir une barrière entre ce qui se dit et ce qui ne se dit pas;

-          les Françaises arrivent bien souvent avec des a priori sur les Néerlandais mais il y a une différence entre ce qu’elles imaginent et la réalité. Par exemple, si les Pays-Bas profitent encore d’une réputation de tolérance héritée des années 70 (alors qu’en France, c’était bien plus rigide), aujourd’hui on peut davantage parler d’indifférence: à partir du moment où une question vient les déranger personnellement, les Néerlandais auront tendance à moins tolérer ;

-          question de la société religieuse également: aux Pays-Vas, cela fait encore partie de la vie au quotidien. Exemple: pas de vote le dimanche, médias/ partis politiques avec des origines et des liens religieux, etc.

 

Toutes ces raisons font qu’en dépit d’une proximité géographique et culturelle évidente, la France et les Pays-Bas conservent toutefois des particularités. La Française qui va immigrer ne sera pas à l’abri d’un possible choc culturel, surtout si elle ne connaît des anciennes Provinces-Unies que les clichés tulipes, fromage, drogue et prostituées. Ce choc culturel peut aussi être accentué par la rudesse des contacts avec les Néerlandais.

Exemple: à la question ‘’Tu viens prendre un café’’, pour refuser un Français dira: ‘’Désolé, mais j’ai déjà quelque chose de prévu’’ ou ‘’Désolé, mais je suis fatigué et demain je dois me lever tôt’’ alors qu’un Néerlandais répondra plus facilement ‘’Non, je n’ai pas envie’’ (ce qui passe pour malpoli en France).

 

 

III)                La santé

 

L’auteure Anne-Marie Guinoune reproche au système néerlandais de protection de la santé d’être passé d’un système calvinsite à un système d’assureur (économie sur tout et très peu de prévention, médecin difficilement accessible, secrétaire médicale toute puissante à qui il faut dire ses problèmes de santé –inimaginable en France-).

 

Les Françaises ont d’ailleurs une image surprenante voire peu flatteuse des médecins aux Pays-Bas:

-          ils travaillent peu (fin de la journée à 17h, pas les week-ends);

-          accueil peu chaleureux;

-          elles sont surprises de se voir poser la question: ‘’que pensez-vous avoir?’’;

-          la difficulté d’accéder à des spécialistes;

-          elles n’apprécient que modérément la phrase ‘’Revenez dans une semaine, on verra si vous allez mieux’’;

-          absence d’armoire à pharmacie dans les maisons aux Pays-Bas.

 

Ces critiques expliquent en partie pourquoi les femmes vivant dans le Sud des Pays-Bas n’hésitent pas à aller se faire soigner en Belgique ou en France. De même, en cas de diagnostic grave, un contre avis est souvent recherché dans ces deux mêmes pays.

 

 

IV)                Le couple

 

Les Françaises interrogées dans le livre d’Anne-Marie Guinoune étaient presque toutes encore mariées, seulement 3 avaient divorcées. Cela ne signifie pas que l’alchimie amoureuse NL/ FR fonctionne à merveille mais plutôt qu’une fois divorcées, les Françaises immigrées aux Pays-Bas retournent vivre en France dans leur grande majorité (seulement 3 divorcées restées aux PB dans le livre/ 85 femmes).

 

Comment sont perçues les différences culturelles dans le couple ?

-          c’est positif dans le sens où l’on se questionne beaucoup plus, on réfléchit davantage au message que l’on veut faire passer;

-          c’est plus difficile quand ça oblige à faire un grand écart (valeurs, mode de vie, famille restée en France, etc.). Les différences culturelles s’accentuent avec le temps et ça peut devenir compliqué à gérer. Il faut aussi tenir compte du fait que la Française est amputée d’une partie d’elle-même, ce qui est parfois difficile à supporter, surtout avec l’âge.

 

 

V)                  La famille

 

Les Françaises évoquent tout particulièrement l’accouchement lorsqu’on leur demande de parler de leur vie de famille (à rapprocher du paragraphe sur la santé). En effet, cela constitue pour elles une expérience originale sinon troublante.

En général, les Françaises ont leur 1er enfant dès leurs premières années aux Pays-Bas. C’est parfois une expérience douloureuse dans la mesure où elles ne se sont pas encore constitué de solides réseaux sociaux pour les soutenir (relative solitude, période destabilisante, éloignement de la famille restée en France).

L’accouchement à la néerlandaise les étonne également dans la mesure où il se déroule à la maison, souvent sans échographie préalable. Les Françaises ont toute de même tendance à préféré la ‘’sécurité’’ de l’hôpital pour le premier enfant (mais ensuite à la maison pour les suivants).

La femme française évoque aussi le premier enfant comme un moment où la belle-famille s’introduit dans son univers, ce qui peut nuire à l’équilibre du couple. En effet, cet enfant est perçu comme appartenant aussi à la belle-famille.

 

En ce qui concerne l’éducation, là encore des différences:

-          la Française sera attentive à la politesse, à la manière d’être de l’enfant tout en étant stricte;

-          au contraire, le Néerlandais est perçu comme beaucoup plus souple et moins regardant.

 

Pour ce qui est de l’école, les Françaises se plaignent souvent du mode d’apprentissage, par exemple le fait qu’il n’y ait pas de devoirs avant un certain âge. Cette critique est due au fait que les systèmes français et néerlandais sont très différents. Mais à l’arrivée, les Français ne sont pas moins bêtes que les Néerlandais.

 

Les Françaises évoquent aussi souvent leur frustration de ne pas pouvoir transmettre tout ce qu’elles souhaiteraient à leurs enfants (langue, culture, etc.). La question du bilinguisme des enfants est aussi présente: les femmes qui n’ont pas transmis le français à leurs enfants le regrettent par la suite.

 

 

 

VI)                Émigration/ immigration

 

Il est fréquent de remarquer que les femmes qui ont quitté la France avaient déjà des racines étrangères dans leur propre famille. En outre, quand elles arrivent, elles font face à de nombreux clichés.

 

Elles ont aussi l’impression que la société néerlandaise est passée de la sobriété à l’étalage (on montre plus sa richesse).

 

Se sentent-elles comme des immigrées ? À leur arrivée aux Pays-Bas, elles n’ont pas ce sentiment à la base. Cependant, ça arrive progressivement :          

-          avec le premier enfant ;

-          en cherchant du travail ;

-          dans le monde du travail.

 

Le sentiment d’exil est quant à lui marginal, sauf pour les femmes divorcées qui restent aux Pays-Bas à cause des enfants.

 

Les Françaises sont également très critiques vis-à-vis de la France :

-          stagnation des mentalités ;

-          rigidité de la société ;

-          injustice de la société, inégalités.

 

Le fait d’être des immigrées leur permet aussi de voir des deux côtés du miroir puisqu’elles peuvent critiquer mais aussi aimer des deux côtés.

 

 

Conclusion : quels conseils donner à une Française qui veut émigrer aux Pays-Bas ?

-          mieux se préparer avant de partir (connaître géographie, histoire, mentalités) ;

-          apprendre la langue ;

-          maintenir sa propre culture et celle de ses enfants.

 

Et si c’était à refaire ? Elles répondent massivement oui !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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