Grâce aux Waterschappen, les Pays-Bas gardent les "pieds au sec" PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Guido   
Dimanche, 15 Août 2010 10:39

Plus de 50 morts, des communes inondées et un million de maisons privées d’électricité, c’est le résultat du passage de la tempête Xynthia sur la côte Atlantique de la France en février dernier. En juin, la France a connu à nouveau des inondations : cette fois dans le Sud-Est. Les Pays-Bas ont une manière efficace pour prévenir les inondations : il y existe des institutions qui s’appellent "waterschappen", qui sont des administrations régionales des eaux s’occupant principalement de la protection contre les inondations.

 

 

Ces administrations régionales des eaux sont typiquement néerlandaises et indispensables pour un pays dont le territoire est situé pour moitié à un mètre en dessous du niveau de la mer. Il y a plus de 1000 ans que les habitants des Pays-Bas ont compris qu’une collaboration était nécessaire pour protéger leur pays contre la mer et les rivières. C’est alors qu’apparaissent au treizième siècle les premières administrations des eaux comme le "Hoogheemraadschap van Delfland" créé vers 1282 dans la région de Delft et de La Haye.

 

En 2010 l’administration des eaux de Delfland ne s’occupe pas uniquement des digues et des dunes, mais également de la gestion de l’eau et des stations d’épuration pour plus d’un million d’habitants. Les administrations des eaux sont des gouvernements locaux avec leur propre conseil général et un système fiscal. Tous ceux qui sont concernés par les travaux de Delfland doivent payer un impôt en rapport avec la valeur économique de leur biens, qu’il s’agisse des habitants ou des entreprises.

 

 

Un conseil général est élu pour que tous ceux qui paient des impôts soient représentés. Ce conseil de 30 membres se compose de 21 représentants élus dans des partis politiques et dans des partis indépendants comme le AWP qui est un parti non-politique d’experts, entre autres en gestion de l’eau. Les autres 9 membres sont des représentants nommés par des organisations professionnelles agricoles, des organisations pour la protection de l’environnement et des chambres de commerce.

Le conseil a la responsabilité des projets d’investissement et fixe le montant des impôts. Le conseil élit cinq de ses membres pour constituer le comité exécutif, les ‘hoogheemraden’ (cela ne se traduit pas, comme certains autres termes : les gens qui habitent les polders d'un waterschap s'appellent "ingelanden", les membres élus s'appellent "hoofdingelanden", le conseil général s'appelle "Verenigde Vergadering" et les membres du comité exécutif s'appellent "hoogheemraden"). Le président, le ‘dijkgraaf’ (Comte de digue), est nommé par la Reine pour six ans.

 

Les prochaines élections auront lieu en Zélande où le conseil général de l’administation des eaux Scheldestromen ("flots de l’Escaut") sera élu en Novembre. Tous les habitants de cette région peuvent voter, y compris les Français qui y habitent.

Le plus grand avantage du système des "waterschappen" est que les administrations des eaux ne sont responsables que des eaux et qu’elles ont leurs propres taxes. Ainsi la protection contre les inondations n’est jamais sujet de choix politiques. Et ceci est important puisque la protection contre les inondations touche à l’essence de ce pays « bas » : car quelles pourraient être les conséquences si un gouvernement donnait par exemple la priorité à l’amélioration des autoroutes plutôt qu’à celle des digues?  

 

Tous les 6 ans, les administrations des eaux contrôlent toutes leurs digues afin de vérifier que les normes d'entretien sont bien respectées. Suivant ces normes les digues sont construites pour résister à une inondation ayant lieu tous les 10 000 ans, tous les 4000 ans, tous les 2000 ans ou tous les 1250 ans. La référence de la norme dépend de la valeur économique du territoire protégé par la digue. En tout cas, ce sont des normes bien supérieures à celles retenues en France, où la norme est généralement tous les 100 ans.

 

Les administrations des eaux néerlandaises ont prouvé qu’elles sont bien équipées pour protéger le pays. C’est pourquoi des politiciens de partout dans le monde viennent aux Pays-Bas pour voir comment ces "waterschappen" fonctionnent. En 2009 Delfland a reçu des visiteurs de Louisiane et en juin 2010 une mission du sénat français a visité Delfland pour se mettre au courant de l’expérience de Delfland sur la protection de ses habitants contre les inondations.

 

Il y a même des pays qui ont introduit des administrations des eaux basées sur le modèle des "waterschappen" néerlandais. Depuis quelque temps en Afrique du Sud, en Indonésie (à Semerang) et au Bangladesh des administrations régionales des eaux ont été créées avec succès. 

Mais chose étrange : le pays qui exporte cette formule à succès contre les inondations, va peut-être s’en débarrasser. Une des solutions proposées à la récente crise financière aux Pays-Bas est la diminution du nombre des institutions administratives (pays, provinces, communes et administrations des eaux). Plusieurs partis politiques ont fait part dans leur programme électoral de l’intention de supprimer les "waterschappen" pour faire des économies.

 

Heureusement, les administrations des eaux sont ancrées dans la constitution néerlandaise. Une révision de cette constitution prend au moins 8 ans. Il reste donc encore du temps pour jouir de la vie ici aux Pays-Bas – et pour prendre des leçons de natation bien-sûr.

 

Ndlr : Guido est ingénieur en gestion de l’eau et membre élu du conseil général du Hoogheemraadschap van Delfland pour le AWP. 

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