| De Knapste Man van Nederland |
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| Écrit par mimilu |
| Lundi, 11 Avril 2011 16:06 |
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Alexander van der Meer joue donc dès sa première oeuvre dans la cour des grands auteurs. Scientifique et auteur de documentaires[3], il est l’un de ces esprits qui marquent par leur sensibilité exacerbée et leur sens du détail. Il lui a fallu trois années pour ‘accoucher’ d’un roman qui emporte le lecteur. Opération réussie avec l’histoire d’une vie ancrée dans les contradictions de notre époque qui éveille l’envie de savourer chaque page.
Tobias, le personnage principal, scientifique au chômage après avoir quitté son poste de professeur d’Université, poursuivi par un huissier et aux relations sentimentales chaotiques, vient de perdre sa mère. Alors qu’il prépare l’enterrement, son passé ressurgit et nous fait découvrir la relation qu’il entretenait avec sa génitrice. Une relation qui évoque beaucoup celle de Guy Bedos avec la sienne[4] : mélange de haine et d’amour, de maltraitance psychologique et de refus de reconnaissance. Cette reconnaissance qu’il avait pourtant reçu de ses pairs avant de mettre brusquement un terme à sa carrière d’universitaire. Ce passé dévoilé éclaire la personnalité de Tobias et son comportement atypique, si peu conforme à la gentillesse bisounours qui a tendance à vouloir s’ériger en mode de vie, en idéal du comportement social. Mais c’est ce côté ‘pas gentil’, ces aspérités qui le rendent justement si fascinant. Et qui a rebuté les deux premiers éditeurs contacté par l’auteur. Pourtant, Tobias est comme tout le monde, fait d’ombres et de lumières, ni spécialement gentil ou méchant, juste humain, avec ses failles et ses défauts. Avec ses qualités et ce qui fait sa force aussi. Il est attachant et donne envie d’être indulgent, sans pour autant lui donner trop d’excuses ou effacer l’envie de parfois le secouer en le traitant de tous les noms. Cette complexité serait même rassurante : non, on ne vit pas au Pays des Merveilles, et celui découvert par Alice, dans le conte que tout le monde a entendu au moins une fois, a déjà averti tout un chacun de la nature ambivalente de nos congénères et des risques d’éruption bileuse qui succèdent à la quiétude complaisante.
À travers le personnage de la mère de Tobias – femme acerbe et émotionnellement estropiée, à tendance franchement narcissique -, l´une des thématiques abordée est l´influence de la seconde guerre mondiale et de la Shoah sur ses survivants et leur descendance : « Ce passé était présent dans l´éducation que ces femmes juives victimes de la seconde guerre ont donné à leurs enfants. Ces gens qui ont été abîmés par la guerre, qui ont vraiment été très abîmés par la guerre, ont quand même eu du mal pour bien éduquer leurs enfants.» Source de malheur pour la mère, la religion semble pour Tobias remisée au domaine privé et au besoin propre de chacun. Pour autant, il y porte un regard critique et faussement détaché combinant un mépris du bigotisme avec un attachement à la symbolique. Cette place donnée à l’irrationnel s’intègre dans la coexistence entre la logique et la méthode scientifiques exigées par le métier de Tobias d’un côté et le désordre chaotique qui règne dans sa vie de l’autre.
Séduit par l’idée de la psychanalyse, l´auteur voulait montrer que « le comportement des gens n’est pas toujours logique, c’est souvent différent de ce qu’il parait au premier abord ». C’est surtout grâce à la lecture – d’auteurs français notamment - qu’il a pu se faire une bonne idée du travail psychanalytique. «L´un des messages importants du livre c´est que les problèmes ne disparaissent pas avec la mort du père ou de la mère. C´est une théorie de la psychanalyse : chacun internalise ses parents, les parents restent en soi et en cas de conflit avec un parent, le conflit reste après la mort de celui-ci car il est à l’intérieur. »
Poursuivre la présentation des thèmes abordés serait bien trop long, car comme l’auteur se l’est entendu dire d’un critique littéraire, son « livre est plus que plein ». Et pourtant, sa lecture est remarquablement légère et agréable, drolatique voire hilarante. Le secret de cette prouesse ? Le style. D’ailleurs, lorsqu’il s’agit pour Alexandre van der Meer d’évoquer un auteur qui l’a marqué, c’est de Céline qu’il parle. Et de son Voyage au bout de la Nuit : « Je trouve que c’est un livre génial, mais surtout la manière d’écrire : elle te tire tout au long de l’histoire et ne te lâche plus, elle emporte le lecteur d’un endroit à un autre. » C’est ce qui se passe aussi avec De Knapste Man van Nederland. Alexander van der Meer choisit ses mots avec soin, sans faire de tournures volontairement compliquées pour faire joli. Style littéraire inauguré par Louis-Ferdinand Céline avec son premier livre, cette façon de mêler langage populaire et policé, psychanalyse et théorie scientifique, acerbité et compassion, donne un rythme et une identité particuliers au livre.
C’est peut-être ce qui fait dire à l’auteur que «l’histoire plairait en France. Je pense même parfois que les Français auraient plus d’affinité avec mon histoire que les Néerlandais. » En attendant que le livre soit édité en France, un avant-goût leur est donné avec la traduction du début du roman. Bonne lecture !
[1]
Roman de 1969 racontant la vie d’Alexander Portnoy -fils d’immigré juif- et sa relation avec sa mère au travers des échanges qu’il entretient avec un psychanalyste. [2]
Roman paru en 1998 qui raconte le parcours de deux frères marqués par une enfance difficile et ne parvenant pas ä communiquer avec leurs semblables. Très controversé à sa sortie, le roman remet en cause certaines des valeurs de Mai 68. [3]
Parmi lesquels : Belfast Taxi sur l’une des conséquences des ‘Troubles’ en Irlande du Nord : les transports publics, cibles d’attentats, sont abandonnés par la population au profit des taxis.
Niets mag onopgemerkt blijven portant sur le Meertensinstituut (Institut de recherche sur la culture et la langue néerlandaises), avec pour fil rouge le livre de Voskuil (Het bureau)
Red Spots, een na-oorlogse generatie in Noord-Engeland, documentaire sur des habitants de Newscastle qui sont depuis leur naissance en 1947 sujets de l’étude épidémiologique longitudinale de l’Université de Newcastle, l’une des plus longues études faites sur la santé et impliquant un millier d’individus.
The anti-aging revolution documentaire autour de la question ‘Le vieillissement est-il une maladie que l’on peut guérir ?
[4]
Mémoires d’outre-mère, Guy Bedos, Stock, 2005
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Alexander van der Meer est un jeune auteur dont le premier livre, 